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Objet au secours – Chapitre 14

Novembre, cinq mois plus tard

 

Je tirai sur ma cravate, me sentant un peu à l’étroit dans mon costume et ma chemise sans pli, lorsqu’une voix féminine me fit immédiatement relever la tête.

-Tu es très chic, sourit Camilla.

Mon cœur rata un battement, je me levai de suite pour saluer la journaliste. Vêtue d’un tailleur sobre et élégant, elle était ravissante, aussi jolie que dans mon souvenir. Avançant dans le couloir du tribunal flanquée d’un garde du corps, ses talons claquaient sur le marbre noir et blanc.

-Camilla ! bafouillai-je. Je ne m’attendais pas à te revoir… Tu… (Je rougis jusqu’aux oreilles.) Merci, tu es très élégante toi aussi.

Peut-on faire plus pathétique ? Je me serais volontiers mis des baffes, mais cela risquait de me faire passer pour encore plus idiot que je ne l’étais déjà. Pourtant son sourire ne faiblit pas, elle n’eut pas l’air de me prendre pour un nul.

-Merci Ed. Je suis venue afin de témoigner pour la mise en accusation. Toi et Paul aussi, j’imagine ? (Je hochai la tête.) Il est dans la salle en ce moment ?

Le policier chargé de la protéger se posta dos au mur, à quelques pas de nous, nous laissant une certaine intimité. Il marmonna un truc dans sa radio et nous ignora, scrutant les gens passant dans le couloir d’un œil attentif. Je reportai mon attention sur la journaliste.

-Oui. Je crois qu’il me déteste vraiment pour le coup, rigolai-je. Lui qui a des palpitations dès qu’il doit faire un exposé, je te dis pas devant un grand jury ! Le procureur en a bavé pour le coacher…

Son front se plissa, elle se fit soucieuse, et je regrettai instantanément mes paroles.

-Ça doit être tellement dur pour vous de venir au tribunal, dit-elle d’un ton désolé. Je me sens vraiment mal de vous avoir entrainés dans mes histoires…

-Non ! Non, c’est pas dur, c’est… Enfin, je vais pas te mentir, c’est assez intimidant et stressant, avouai-je. Mais on gère. Et puis, c’est pour la bonne cause et tout, pour mettre des méchants en prison… Alors ne te fais pas de souci, tout va bien.

-Tu as quand même été bien amoché à cause de mes problèmes, remarqua-t-elle d’un ton amer. Tu as dû aller à l’hôpital.

Je haussai les épaules.

-Tant que c’est pas à l’étage de la morgue…

Elle leva les yeux au ciel, une ombre de sourire étirant ses lèvres. Redevenant sérieuse, elle posa la main sur le haut de mon bras, je me sentis rougir.

-Je suis contente d’avoir pu t’y rendre visite, souffla-t-elle. S’il vous était arrivé quelque chose, je ne me le serais jamais pardonnée…

-Pas besoin de t’en vouloir pour ça, toussai-je, embarrassé. Je n’avais que des bleus au cou et un peu de difficultés à respirer. (Je me grattai le crâne et grimaçai.) Quand je pense que je me suis évanoui juste pour ça. Ça fait pas hyper chevaleresque…

En réalité, c’était plutôt elle le chevalier valeureux qui m’avait sauvé, et moi la princesse en détresse ! La honte ! Ignorant mes tourments intérieurs, elle lâcha mon bras et me lança un regard sévère.

-C’est normal voyons ! s’exclama-t-elle. Ton cerveau n’était plus oxygéné, cette grosse brute t’avait broyé la trachée. (Son ton redevint plus calme.) Tu as été extrêmement courageux. Tu lui as ordonné de me laisser tranquille, tu t’es interposé entre lui et moi, Paul a pris une arme pour tenir en joue la complice du psychopathe… Ton ami est toi êtes des garçons très courageux.

Je clignai des yeux. Il y avait énormément de chaleur dans sa voix. Je détournai le regard, ne sachant plus où me mettre tant j’étais ravi par ses paroles. Un ange passa, je me raclai la gorge pour reprendre contenance, la rougeur sur mes joues s’étendait maintenant à mes oreilles et descendait le long de mon cou, montrant très clairement à quel point j’étais gêné.

-Je me pose la question depuis cette fameuse nuit… Est-ce que tu as acheté l’arme avec l’argent que je t’ai donné la nuit où nous nous sommes rencontrés ? demandai-je timidement.

Hésitant une seconde, elle acquiesça finalement avec réticence.

-Oui. Au départ je voulais acheter un spray au poivre, pour me défendre si quelqu’un essayait de s’en prendre à moi dans la rue… Mais vu le danger que je courrais… vu le type de personnes qui me poursuivaient, j’ai préféré me munir d’une arme. (Elle se mordilla la lèvre une seconde.) Quand j’étais ado, mon père m’avait appris à charger et à tirer avec un revolver sur des canettes, alors je sais comment me débrouiller avec une arme à feu…

-Voilà pourquoi tu as visé aussi bien, réalisai-je.

Elle eut un rire embarrassé, détournant le regard.

-Pas vraiment ! J’étais morte de trouille et je tremblais. Je l’ai atteint à l’épaule et au visage uniquement parce qu’il se tenait près de moi…

Le tueur avait survécu au tir de Camilla. Elle l’avait touché à la mâchoire, le type ne se nourrissait qu’à la paille à présent et il était devenu très dépendant des cachets anti-douleurs. Il avait un monstrueux trou dans le visage, une vrai gueule cassée…

-Je ne pensais pas que tu avais ça en toi, plaisantai-je pour détendre l’atmosphère.

-Moi non plus, murmura-t-elle. (Elle plongea ses beaux yeux bruns dans les miens, je retins mon souffle.) J’ai dû choisir entre le blesser ou te voir mourir sous mes yeux. Je ne voulais pas qu’il te fasse du mal. J’agirais exactement la même chose si c’était à refaire.

Je déglutis. Elle baissa à nouveau le regard et fixa le bout de ses chaussures. Les gens allaient et venaient dans le couloir, parlant à voix basse, ne nous prêtant aucune attention. Le policier ne nous écoutait pas, ou en tout cas s’il nous écoutait, il faisait semblant de rien, continuant à surveiller les allées et venues des avocats et des témoins potentiels.

-Eh bien… Merci, parce que si tu n’avais pas eu ce genre de réflexes, nous ne serions plus là pour en parler ! Une chance que tu ne te sois pas mis la pègre à dos.

Après que la complice du tueur fut passée par une salle d’interrogatoire, les policiers avaient pu l’identifier grâce à ses empreintes et la faire parler. Hacking et vol d’identité étaient son quotidien, elle était recherchée dans plusieurs États. Après avoir exigé un accord pour obtenir une peine plus légère, elle avait tout balancé, ne semblant pas vraiment attachée au concept de loyauté…

En réalité, l’employé de banque que suivait Camilla et qu’elle avait photographié faisait partie d’un petit club select de businessmen en manque de distractions qui détournaient de petites sommes à leur travail. Ils ne gardaient pas l’argent pour eux car ils n’en avaient que faire. Ils choisissaient ensemble un politicien qui leur paraissait être prometteur et ils lui versaient l’argent détourné en douce pour alimenter sa campagne.

Le politicien en question savait bien évidemment d’où provenait l’argent. Pendant plusieurs années, il avait gagné de plus en plus d’influence et de pouvoir, il avait même engagé des hommes de main pour faire le lien entre les hommes d’affaire et lui. Il voulait plus d’argent, toujours plus, il voulait devenir gouverneur… Et lorsque les businessmen avaient refusé, l’homme de main et tueur avait fait preuve de trop de zèle et en avait liquidé un.

-Pour finir ça n’était ni la mafia, ni le lobby des armes, c’étaient des combines politiques pour faire élire untel plutôt que l’autre, conclut-elle, faisant écho à mes pensées.

Je souris. Paul et moi lui avions fait part de nos théories.

-Ça reste un genre de mafia, donc, haussai-je les épaules.

Un rire spontané lui échappa.

-Pas faux, sourit-elle.

À cet instant, son téléphone émit un bip. Elle consulta l’écran.

-Mince ! L’assistant du procureur veut me parler. (Elle m’adressa un regard désolé.) Je vais devoir y aller…

Je me forçai à ne pas paraître trop déçu.

-Oh. Ben… Courage pour ton témoignage et… à bientôt ? J’imagine ?

Elle me fixa pendant quelques secondes, semblant peser le pour et le contre. À quoi peut-elle bien réfléchir ?

-Dix-sept ans, hein ? (Elle soupira, l’air un peu embêtée.) Bon… J’irai pas en prison pour ça.

Me prenant totalement au dépourvu, elle réduisit la distance entre nous en deux pas et se hissa sur la pointe des pieds. Posant délicatement sa main sur ma joue, elle rapprocha son visage du mien…

Mince, elle est en train de m’embrasser ! réalisai-je, choqué et ravi.

Je fermais les yeux, mon cœur se mis à battre plus vite. Elle sentait le savon et les fleurs fraîches. Ses lèvres étaient d’une douceur inimaginable, je n’avais jamais été aussi heureux de toute ma vie.

-À bientôt, me souffla-t-elle, le rose aux joues.

Elle recula de deux pas, l’air un peu amusé, et s’en alla d’une démarche assurée. Le policier la suivit, me saluant d’un signe de tête au passage.

Aux anges, je la regardai s’éloigner. Elle avait dit « à bientôt » ! Est-ce qu’elle souhaitait me revoir ? J’espérai qu’on aurait souvent l’occasion de se croiser… Bon sang, quelle fille épatante !

-Alors… Tu l’auras eu finalement, le baiser de ta princesse.

Je sursautai. Paul venait de me sortir de ma rêverie.

-Depuis combien de temps es-tu derrière moi ? Tu as déjà fini de témoigner ?

-Oui. D’ailleurs dans un quart d’heure ce sera à toi. Edward passera ensuite, j’imagine, et ils feront appeler Camilla.

-Comment est-ce que ça s’est passé ? m’inquiétai-je.

Il fit une grimace.

-Horrible ! Ils étaient tous là en train de me fixer avec leurs gros yeux, et le procureur et l’avocat de la défense m’ont posé des tonnes de questions… (Il s’épongea le front avec la manche de son costume tout neuf, spécialement acheté pour l’occasion.) Et dire qu’après avoir témoigné devant le grand jury, il va falloir se taper des mois et des mois de procès, la poiiiiiisse…

Je lui tapotai l’épaule, tout sourire.

-Ne t’en fais pas, ça ira vite ! Viens, rejoignons nos mères à la cafétéria. Je te paie un soda et un doughnut.

Il me lança un regard ennuyé.

-Je te trouve drôlement en forme… Quoi, elle embrasse si bien que ça ?

-Imagine que nous nous lançons dans une nouvelle quête, fis-je, ignorant son commentaire désobligeant et l’entraînant avec moi. Toi et moi, la justice moyenâgeuse, un duc corrompu et ses sbires à mettre derrière les barreaux…

-Ah non alors, on sait où elles mènent tes quêtes, merci bien !

J’éclatai de rire. Nous marchâmes côte à côte, il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire.

-L’aventure continue, conclus-je.

 

Fin

 

Je dédie « Objet au secours » :

À la famille Tanigami, mes geeks préférés ;

Et à HamletMachine et Thisbe, les new-yorkais les plus cool que j’aie jamais rencontré !

Petite réflexion sur Dave Finnegan : celui qui vaut bien 12 hommes en colère

Dave Finnegan, le grand frère homophobe de Timothy, ne fait pas toujours l’unanimité auprès des lecteurs. D’ailleurs, certaines personnes de mon entourage ayant lu la série le détestent carrément !

Il est délicat d’aborder un sujet tel que l’homophobie. Ce qui m’a le plus fait réfléchir, c’est de déterminer sa cause, afin de rendre le personnage plus crédible. Selon moi (ça n’engage que mon avis), on ne naît pas homophobe, on le devient. Alors, comment Dave est-il devenu comme ça ? D’où vient réellement le malaise ?

Première hypothèse, c’est son éducation qui l’a rendu ainsi. Les parents Finnegan, bien que possédant une bonne éducation et des diplômes à ne plus savoir qu’en faire, ne sont pas très ouverts d’esprit. On apprend très vite, dès le premier tome de Tim et Wes, que Georges et Gladys sont bigots et ont des opinions très arrêtées. Mais ce serait un peu simpliste, comme explication, vous ne trouvez pas ?

Deuxième hypothèse, Timothy serait la cause de l’homophobie de son grand frère. À chaque fois qu’ils se voient, ils s’engueulent, allant jusqu’à se taper dessus tellement ils ne se supportent pas. Pourtant, ça ne colle pas. Dave tenait déjà des propos désagréables sur les personnes gays avant que Tim ne fasse son coming out auprès de sa famille.

Dave est un personnage qui est plus complexe qu’on ne pourrait le croire. En réalité, il ne déteste pas que la communauté LGBTQ+ : il déteste tout et tout le monde. Perpétuellement en colère, il se fâche souvent et quand il explose, il ne vaut mieux pas rester dans les parages sous peine d’être balayé comme un fétu de paille. Sans pour autant excuser son comportement, j’aimerais montrer dans mes romans que la cause est peut-être plus profonde, plus ancrée qu’on pourrait le croire de prime abord.

Tout ce que je peux ajouter est que le personnage de Dave va continuer à évoluer petit à petit et qu’il va probablement vous surprendre.

Nouveau : les lectures du jour ! – #1 La mort des bois

Nouveauté sur mon blog dès aujourd’hui : je partage avec vous les livres qui m’inspirent pour mes textes ou que j’ai tout simplement appréciés. Vous les retrouverez sous forme d’articles et ils seront listés sous l’onglet ‘Ma Bibliothèque’

Je commence ici avec un livre qui m’a énormément marquée, La mort des bois de Brigitte Aubert :

Lecture d'Emma B. Thyste : La mort des bois de Brigitte Aubert

‘La mort des bois’ a vraiment été une bonne surprise. Publié en 1996 par Brigitte Aubert, ce livre relate l’histoire d’Elise Andrioli, une tétraplégique qui cherche à démasquer un tueur. Complétement paralysée des pieds à la tête, aveugle et muette, elle parvient tout de même à communiquer avec son entourage. Au début, ils la prennent pour un légume, mais Elise n’est pas sourde, elle entend très bien les gens parler autour d’elle. Le jour où une petite voisine se confie à elle, elle se met à enquêter sur un criminel qui vivrait apparemment dans son quartier. Malgré son handicape, elle recueille un par un des indices et manque aussi se faire assassiner deux ou trois fois au passage.

Je n’ai pas l’habitude des romans policiers, mais je peux vous dire que dans celui-ci le suspense est vraiment au rendez-vous ! Une fois le nez dedans, je n’ai pas réussi à le lâcher. C’est un must pour les amateurs d’humour noir, Elise Andrioli n’épargne rien ni personne –surtout elle-même. J’admire la façon dont l’auteure arrive à donner à chaque personnage une identité propre, bien que son héroïne ne puisse pas les décrire physiquement, un vrai tour de force. Rien qu’en entendant leurs voix, elle se fait une opinion sur eux –souvent bien tranchée– et en tant que lecteur, on arrive bien à se les représenter aisément.

La suite : ‘la mort des neiges’ (2000) et ‘la mort au Festival de Cannes’ (2015). Mais le premier tome reste le meilleur je trouve.

84’000 vues pour “Drarry Omégaverse”

84K vues pour “Drarry Omégaverse”, 40K vues pour “Drarry: Une vie de serpent” et 3,7K vues pour “Drarry: la rumeur court” sur Wattpad ! Merci à la communauté de Wattpad pour leur soutien ;D

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Objet au secours – Chapitre 13

Le soir même, nous fîmes le mur pour la deuxième fois en moins d’une semaine. C’était toujours aussi excitant, nous nous échappâmes par la fenêtre de Paul et rejoignîmes l’arrêt de bus le cœur battant. J’avais l’impression d’être un voleur, un ninja ou un assassin parti commettre un méfait pendant la nuit. Paul bâilla. Apparemment l’excitation de nos excursions nocturnes ne le touchait pas autant que moi…

-Tu vas pas t’endormir, si ? je m’agaçai, lui poussant le bras.

-Je ne suis pas habitué à veiller aussi tard, bougonna-t-il, de mauvaise humeur.

-Menteur, je souris. Tu passes tes nuits sur ton ordi ou ta console, alors vas pas me dire que tu n’arrives pas à tenir la distance après t’être couché une fois à trois heure du mat’.

Il me fusille du regard.

-Et ben non, j’arrive pas. (Il se frotta les paupières.) Trop de stress, mec ! Toute cette pression me tue ! (Je reniflai d’un air méprisant, il poursuivit sa complainte.) Là on doit marcher pour de vrai, traverser la ville pour de vrai, faire le mur pour de vrai. Si on se fait chopper on va se faire dévisser la tête ! Mes parents sont sur les dents, s’ils me voient ne serait-ce que faire un pas de travers, je serai privé d’internet pour le restant de mes jours.

Quelle comédien ! Réajustant mon sac sur mon épaule, je soupirai.

-Ils ne t’en veulent pas autant, tu exagères. Si c’était le cas, ils m’auraient interdit de venir dormir chez toi, tu crois pas ?

Il haussa les épaules.

-Je sais pas… Ils vont pas m’interdire de voir mon seul et unique pote.

-Tu vois.

-S’ils savaient que c’est toi qui m’entraînes sur la pente savonneuse du crime, ils réviseraient probablement leur jugement par contre, marmonna-t-il dans sa barbe.

Je levai les yeux au ciel.

Nous poursuivîmes le trajet en silence. Lorsque nous arrivâmes au fast-food de la dernière fois, nous ne prîmes pas la peine de monter nous installer, nous attendîmes patiemment que Camilla vienne nous chercher.

Elle apparut dans la ruelle, comme la dernière fois, nous traversâmes la route pour la rejoindre. Dès que je l’eus rejointe, me souvenant des reproches d’Edward, je sortis un paquet d’amandes grillées pour le lui tendre immédiatement.

-Merci, fit-elle en le prenant, un peu surprise. (Elle nous fit signe de la suivre.) Venez les garçons, mieux vaut ne pas traîner par ici, il y a trop de passage.

Comme hier, nous la talonnâmes à travers les ruelles sombres jusqu’au bâtiment abandonné. Heureusement qu’elle était venue nous chercher à nouveau, je ne suis pas sur que j’aurais retrouvé le chemin tout seul… Paul était meilleur que moi pour s’orienter, que ce soit dans les jeux ou IRL.*

*[In Real Life = dans le monde réel]

Nous pénétrâmes dans l’immeuble lugubre, elle remit le panneau en bois en place derrière elle après notre passage. Nous enjambâmes les corps des sans abris endormis, puis montâmes au premier étage. Elle alluma sa lampe de poche.

-Vous êtes adorables d’être revenus, chuchota-t-elle. Merci, vraiment…(Elle marqua une pause, hésitante.) Vous avez apporté ce que je vous ai demandé la dernière fois ?

-Oui, voilà.

J’ouvris mon sac à dos et en sortis les affaires dont elle avait besoin. Nourriture, écharpe, vêtements chauds, teinture pour cheveux, chargeur pour le téléphone portable… Elle transféra le tout dans son sac en bandoulière, soupirant de soulagement.

-Parfait, juste de quoi changer de tête et me faire oublier.

-Tu ne voulais pas te couper les cheveux aussi, par précaution ? je demandai, inquiet.

-Si-si, j’ai un couteau sur moi, ça va le faire. Il ne faut pas que je sois trop chargée…

J’acquiesçai. Elle ouvrit le sachet d’amandes et plongea la main dedans pour aussitôt en enfourner une. Elle poussa un soupir de contentement.

-Mince, je meurs de faim ! Trop cool de m’avoir pris des amandes –j’adore ça !

Mon sourire fit trois fois le tour de mon visage. Cela n’échappa pas à Paul, qui ricana.

-Tu jubiles, là, non ? se moqua-t-il.

-La ferme, je grondai.

Elle leva ses grands yeux bruns sur nous, s’arrêtant de manger. Elle avala ce qu’elle avait dans la bouche et haussa les sourcils.

-Qu’y a-t-il ? fit-elle, curieuse.

-Rien-rien, je dis précipitamment.

-Cet andouille m’a pris le chou parce qu’il ne savait pas si tu apprécierais les trucs qu’on t’a achetés.

-Tais-toi, je grommelai.

Elle secoua la tête, toute gênée.

-Oh ! Je suis déjà tellement contente de manger quelque chose, ne vous en faites pas pour ça, vraiment. (Elle replongea la main dans le sachet.) Mais je dois avouer que les amandes, c’est vraiment mon truc !

-Satisfait ? insista Paul.

Je lui mis mon coude dans le gras du bide, il continua de rire, mesquin. Camilla observa notre manège sans dire un mot, impossible de savoir à quoi elle pensait. J’espérai qu’elle n’avait pas compris que je la trouvais mignonne et que je cherchais à lui plaire… Ce serait trop la honte !

-On a discuté avec Edward dans la soirée, changeai-je de sujet, sentant que laisser le silence s’installer ne ferait que rendre les choses encore plus bizarre. Il poursuit ton enquête depuis son lit d’hôpital, il appelle tous ses contacts et ceux provenant de ton carnet, il envoie des mails…

-La police n’a pas mis la main sur le carnet ? s’étonna-t-elle.

-Non, répondit Paul. Ils pensent qu’il s’agit du sien.

-Tant mieux, hocha-t-elle la tête, satisfaite. Je lui ai parlé aussi, il m’a confirmé que mon père a quitté la maison pour rejoindre nos cousins du Michigan… Il a pas mal rechigné, mais au final il s’est résigné.

-Tu n’as pas d’autre famille ? demandai-je.

-Non. Ma mère est morte quand j’étais petite et n’ai plus de grands-parents…

-Pas de frères et sœurs ? insistai-je.

Elle secoua la tête et continua à mastiquer ses amandes. Elle sortit une des barres de céréales et mordit dedans avec appétit après l’avoir déballée. Chic ! J’en apprenais plus sur elle ! Elle n’avait donc aucune famille proche, à part son père. Elle devait probablement beaucoup tenir à lui, s’il était tout ce qu’il lui restait…

Semblant lire en moi comme dans un livre ouvert, Paul esquissa un petit sourire puis reprit la conversation d’un ton très mondain :

-Sinon, tu n’as pas d’autres amis en dehors d’Edward, quelqu’un qui courrait un danger potentiel ? s’enquit-il.

-Pas vraiment… (Elle hésita, réfléchissant.) Je devrais peut-être contacter mes amies, oui… Elles vont peut-être se faire du souci…

-Et ton petit ami ?

Mon pied écrasa le sien, il glapit. Les yeux de la journaliste s’écarquillèrent, puis elle pouffa. J’étais mortifié.

-Putain, t’es sérieux là ? je chuchotai furieusement.

-T’es fou ? Tu m’as écrasé un orteil ! se plaignit-il. Déjà que j’ai les pieds plats, alors…

Je soufflai de l’air par le nez, excédé par son attitude. Camilla rigola.

-Pas de risques, je ne suis pas en couple.

Elle me jeta un coup d’œil amusé, je dus me mordre la langue violemment pour ne pas avoir l’air de trop me réjouir de cette nouvelle. Était-elle en train de guetter ma réaction ? Cesse de rêver mon pauvre vieux, m’intimai-je. Je me râclai la gorge.

-J’aurais une question à te poser…

-Oui ? m’encouragea-t-elle.

-Comment les personnes qui te traquent ont-elles su qui tu es ? fis-je. Les tueurs t’ont aperçue quand tu es sortie de l’immeuble, mais ton nom n’est pas écrit sur ta tête : comment ont-ils appris comment tu t’appelles et où tu vis ?

Elle ouvrit la bouche, mais ce fut une voix dans mon dos qui répondit à sa place.

-Grâce à son porte-monnaie. (Les yeux de Camilla s’agrandirent, Paul et moi fîmes volte-face.) La pauvre petite l’a laissé tombé sur la route alors qu’elle courait pour échapper à mon charmant collègue et ses sbires.

Une femme d’une trentaine d’année se tenait dans l’encadrement de la porte, l’homme au flingue que nous avions vu sur Times Square sur les talons. Le cœur battant à tout rompre, je notai pêle-mêle qu’elle portait des gants en cuir, qu’elle avait une arme équipée d’un silencieux à la main et le long couteau que tenait son acolyte. Je déglutis.

-La fausse lieutenante, couina Paul, atterré.

-Bonsoir Paul, le salua-t-elle avec un sourire froid. (Ses yeux se rivèrent sur moi, je frémis.) Edmund. (Elle porta son attention sur la journaliste dans mon dos, son regard se fit plus acéré.) Camilla… ça fait longtemps qu’on te cherche.

-Qui êtes-vous ? fit-elle d’une voix tremblante. Ça n’est pas possible, comment est-ce que vous m’avez retrouvée ?

Du coin de l’œil, je vis qu’elle reculait vers le fond de la pièce. Les deux intrus passèrent le pas de la porte, la femme pointait son arme vers moi. Le type à la coupe militaire et au visage dur semblait prêt à tuer. Tout son corps était tendu, il serrait les mâchoires et tenait son long couteau d’une poigne de fer.

-Tes petits copains ici présents nous ont mené tout droit à toi. (Elle m’adressa un clin d’œil, je sentis tout mon sang quitter mon visage, mortifié.) On a placé un traceur sur lui et il a fait le reste. On a eu qu’à le suivre jusqu’ici.

Quel idiot ! Si je n’avais pas été dans une situation aussi dangereuse, je me serais frappé le front du poing. Je m’étais fait avoir. Je les avais attiré jusqu’à Camilla, quel con ! J’avais tellement envie de la revoir… si on était pas revenu ici une seconde fois, elle n’aurait pas été en danger.

-Vous ne reculez vraiment devant rien, poursuivit la jeune journaliste, apeurée. Pour qui travaillez-vous ?

-On est pas là pour discuter, gronda l’homme.

-Je n’ai pas réussi à remonter le réseau de ces hommes d’affaires qui détournent de l’argent… C’est la pègre ? C’est ça ? Dites-le moi, je vous en prie, je mérite de savoir…

-Tu ne mérites rien du tout, s’énerva le type, avançant dans sa direction. Ta gueule !

-Calme-toi, lui ordonna sèchement sa partenaire. Ne hurle pas, les clodos dorment juste en dessous…

-Je veux savoir ! s’exclama Camilla d’une voix stridente.

-La ferme, connasse ! hurla-t-il.

Il se rua sur elle. N’écoutant que mon courage (et ma stupidité aussi, probablement), je bondis et lui fis un croche-patte.

Paul gémit et me lança un regard de pure terreur. L’homme trébucha légèrement, mais ne tomba pas –à mon grand dam. Il fit volte-face et me dévisagea avec fureur.

-Ne la touchez pas, dis-je.

On aurait plus dit un couinement de souris qu’un ordre, mais c’était mon maximum sur le moment !

Je n’eus pas le temps de m’autocongratuler de mon élan chevaleresque : il me sauta à la gorge, changeant de cible.

-Je vais te crever, sale merdeux !

Nous tombâmes au sol, les planches sous moi craquèrent dangereusement. Tout devint confus, il me mit deux coups de poings dans les côtes et se mit à serrer mon cou, me broyant la trachée. Je hoquetai, tentai de desserrer sa prise, mais il avait une force herculéenne.

La fausse femme flic hurla sur son collègue, je griffai les mains de ce dernier. L’air ne rentrait plus dans mes poumons, je paniquai, il me faisait mal. J’allais mourir, il allait me tuer ! Alors que je n’avais parlé que quelques minutes à Camilla et que je venais de découvrir qu’elle était célibataire. C’était trop injuste !

-Lâchez-le immédiatement, ordonna cette dernière. Et vous, là, lâchez votre flingue !

Le type se figea et, ne relâchant absolument pas la pression sur mon cou, releva la tête. Ce qu’il vit le fit grimacer.

-Comment elle peut avoir une arme ? fit la femme.

-Votre arme. Par terre, immédiatement !

Il y eut un instant de flottement. Je me mis à voir des taches noires devant les yeux.

-Elle tirera pas, grogna-t-il, suffisant. Cette nana osera pas…

-Oh vraiment ? souffla sa collègue. Eh ben, je ne prendrais pas un pari sur la vie, si tu veux tout savoir.

Elle lâcha son pistolet muni d’un silencieux, mes mains retombèrent à plat sur le sol poussiéreux. Je ne me… sentais… pas bien…

-Paul, ramasse l’arme ! Vous, lâchez-le ou je tire, c’est la dernière fois que je me répète.

Mon… cou… Je… peux… plus… respir…

Il desserra sa prise. Je toussai, l’air s’engouffrant soudain dans ma trachée meurtrie.

Je fus libéré du poids de l’homme tandis qu’il se levait. Je clignai des yeux. Où étais-je ?

Paul était dans un coin de la pièce, tenant en joue la femme, qui le toisait. Les mains de mon pote tremblaient tellement fort, elle ne semblait pas très rassurée et se gardait bien de bouger ne serait-ce qu’une oreille.

-Lâche ça, gamine, tu vas te blesser.

-Reculez ! s’exclama-t-elle, faisant elle-même un pas en arrière.

Il s’approcha encore, un rire secouant ses larges épaules.

-Tu ne vas pas tirer. Donne-moi ton jouet, allez…

Il y eut un bruit assourdissant qui nous fit tous sursauter. Le mec s’immobilisa.

-Espèce de sale petite conne ! hurla-t-il.

Il se précipita vers Camilla…

… elle tira un second coup, il s’effondra au sol. Le cri qu’il poussait se transforma en gémissement et en gargouillis. Je grimaçai, son corps était agité de soubresauts par terre. Camilla le regarda pendant quelques secondes, choquée par ce qu’elle venait de faire. Puis elle pointa l’arme sur la femme, qui eut un mouvement de recul, inquiète qu’elle ne lui tire également dessus.

La journaliste tira son portable de son sac, tombé au sol.

-J’appelle la police et les secours, annonça-t-elle d’une voix incertaine. Je… Ne bougez pas, ou vous subirez le même sort.

Impressionné, je me tournai vers Paul. Il me jeta un regard terrifié

-Ed… Je te hais,

-Je sais, coassai-je, la gorge en miette.

Et je m’évanouis.

 

Petite réflexion sur Wesley Doggan : « Mais je suis pas gay ? »

Wesley Doggan était hétérosexuel à la base, avant sa rencontre avec Timothy. Mais à présent qu’il sort avec ce dernier, est-il devenu homosexuel, ou l’était-il sans le savoir ?

Question complexe : une partie de ses amis et de sa famille seulement sait que Wesley sort avec un homme. Il a commencé à se faire à l’idée que les gens le cataloguent comme gay –mais lui, se considère-t-il comme tel ?

Tim et Wes en ont discuté au début du tome 1, et après lui avoir posé quelques questions, Tim en avait lui-même déduit que son copain n’était pas homosexuel, mais peut-être bi. Les subtilités du lexique LGBT échappent complétement à Wes, il a grandi dans le fin fond de la campagne américaine, pour lui il n’y avait que deux cases sur le formulaire : hétéro ou gay. (Il n’avait pas consulté le verso de la page !) Du fait de son éducation, il y a peu de chance qu’il se définisse comme bi, parce qu’il ne savait pas de quoi il retournait il y a peu et qu’il ne s’identifie pas comme tel.

Il couche avec un homme, efféminé certes, mais un homme tout de même. A-t-il déjà été attiré par un autre garçon que Timothy ? Pour l’instant, à ce stade du récit, il semblerait que non. Alors si on lui posait la question directement, il y a des chances que Wesley réponde qu’il n’est ni gay, ni bisexuel.

J’ai déjà une petite idée sur le sujet, mais qui sait, la suite lui prouvera peut-être qu’il a tort ?

Affaire à suivre^^

Objet au secours – Chapitre 12

L’homme au costume bleu tournait en rond dans la pièce, faisant les cent pas comme un lion en cage. Sa « collègue », la soi-disant Jane Cardwell, pianotait sur un ordinateur, tentant de l’ignorer.

Elle ne portait plus les habits sobres qu’elle avait enfilés pour se faire passer pour une lieutenant de police. À présent elle avait endossé un survêtement troué, couvert de taches de gras et un sweat shirt XXL. Les jambes repliées sous elle dans une chaise de bureau dont la mousse du dossier partait en lambeaux, elle mâchouillait une vieille paille entre ses dents. Elle se focalisait sur l’écran de son ordinateur, traquant la moindre information concernant l’enquête ouverte sur Mason Donovan.

-Ces merdeux, répéta-t-il pour la millième fois. Si je le pouvais, j’irais directement chez eux et je leur arracherais les yeux !

Coulant un regard agacé dans la direction de l’homme en bleu, elle émit un claquement de langue impatient. J’ai horreur de travailler avec des bourrins pareils, songea-t-elle.

-Ça sert à rien de s’exciter comme tu le fais, dit-elle d’un ton sec. On ne peut pas tenter une approche en force sur ces gamins, les flics les tiennent à l’œil.

Il lui lança un regard noir, elle se détourna. Elle devait se retenir de toutes ses forces de ne pas lui balancer que c’était de sa faute s’ils en étaient là, que s’il n’était pas un crétin qui tirait sur tout ce qui bouge dès qu’il se mettait en colère, ils n’auraient pas besoin d’écumer la ville à la recherche d’une journaliste maigrichonne. Ce type  ne possédait aucune subtilité, il lui faisait presque regretter d’exercer son job.

-Plus le temps passe et plus il y a de risque qu’on ne puisse plus récupérer les photos faites par ces deux crétins ! On a pu les effacer des serveurs de la police, mais je suis sûr que ces petits salopards ont stocké une copie des photos quelque part.

Si cet abruti fini me laissait bosser en paix, j’aurais déjà terminé mes recherches, pensa-t-elle, excédée. Elle se gratta le menton, effectuant quelques clics.

Elle se figea.

-Je vous tiens, murmura-t-elle, un rictus déformant son visage en une grimace satisfaite.

-Tu as trouvé quelque chose sur eux ? fit-il précipitamment.

-Oui. Je suis dans le système de leur école. Ils finissent les cours à 16 heures demain.

-Et alors ?

Elle saisit une perruque blonde sur le bureau face à elle et la brandit devant le regard sceptique de son collègue.

-Et alors, il est temps que ces gamins rencontrent Mary-Sue et qu’elle leur file le train !

Il haussa les sourcils.

 

 

 

J’ouvris lentement les yeux et ne pus m’empêcher de sourire. J’avais (enfin !) rencontré Camilla Dietrich.

Me redressant, j’ébouriffai mes cheveux, me sentant étrangement léger pour un mec qui avait fait le mur la veille et qui était rentré à trois heures du matin. J’étais toujours chez Paul, sur le matelas en mousse qu’il me réservait quand je passais la nuit à jouer chez lui. Mon pote eut plus de mal à émerger du sommeil : quand son réveil se mit à sonner, il le flanqua par terre en grommelant.

Nous prîmes notre déjeuner et nous rendîmes en cours. Je me sentais comme sur un petit nuage, la journée fila en un rien de temps. J’écoutai à peine ce que les profs racontaient, trop heureux de revoir Camilla le soir même.

-Tu sembles bien joyeux depuis hier soir, remarqua Paul lorsque la cloche sonna, nous libérant enfin.

Je fourrai mes affaires dans mon sac sans même prendre le temps de les ranger correctement.

-Non, pas spécialement, haussai-je les épaules.

-Est-ce que par hasard… Camilla te plairait plus que tu ne veux bien l’admettre ? ricana-t-il.

Je secouai la tête, horrifié qu’il puisse penser ça.

-Non-non, démentis-je. C’est une belle fille… enfin, une femme, mais je suis pas amoureux d’elle !

Mon meilleur ami plissa les yeux d’un air rusé.

-Ed. Je t’ai pas demandé si tu l’aimais, dit-il lentement. Je t’ai demandé si elle te plaisait.

Je me figeai.

-Euh, ben, bafouillai-je. (Je me mis à suer un peu.) Elle a du cran. J’admire ça chez une fille. Je trouve que c’est classe !

Il me lança un regard moqueur, pas dupe.

-Allez, viens, se moqua-t-il. On va aller chercher de quoi nourrir ta princesse de fin de niveau.

Je le rattrapai dans le couloir, nous sortîmes dans la rue.

-Tu penses qu’elle a encore besoin qu’on lui apporte à manger ? je fis. À présent elle a de l’argent sur elle.

-On sait jamais. Peut-être qu’elle n’a pas eu le temps d’aller s’acheter quelque chose. Dans le doute, amenons-lui un ou deux snacks. Mais dépêchons-nous : mes parents sont toujours aussi furax, il vaut mieux qu’on ne traîne pas trop avant de rentrer chez moi.

Nous pressâmes le pas. Nous entrâmes dans une boutique du quartier, tenue par un vieil italien au visage ridé. Il regardait la télé derrière son comptoir et ne nous jeta même pas un regard lorsque nous passâmes devant lui.

-Prends des fruits secs, je lui ordonnai en saisissant des paquets d’amandes. Et des barres de céréales.

Il s’exécuta.

Quels étaient ses goûts ? Préférait-elle le sucré ou le salé ? Un sentiment de frustration totalement puéril m’étreignit. J’aurais voulu passer plus de temps avec elle, pouvoir discuter en tête à tête avec cette jeune femme belle et intelligente. Quelles avaient été ses motivations pour devenir journaliste ? Est-ce qu’elle avait toujours souhaité faire ce métier ? Je voulais tout savoir d’elle.

Je me repris et saisis tous les paquets que je pouvais, puis pris également une bouteille d’eau. Elle aurait peut-être soif, qui sait ?

 

 

 

Garée en face de la boutique, un appareil photo à la main, la fausse lieutenant de police observait les deux jeunes hommes. Ses yeux perçants dissimulés derrière des lunettes à soleil de marque et ses cheveux bruns cachés par une perruque blonde platine, elle était méconnaissable. Ils n’avaient aucune chance de la reconnaître avec ce déguisement.

Elle les observa attentivement et prit un ou deux clichés. Elle les avaient suivis depuis leur lycée, tâchant de ne pas se faire remarquer, gardant toujours une certaine distance. Ils n’avaient pas été bien loin et s’étaient arrêtés dans une petite boutique d’alimentation. À travers la vitrine, elle les vit échanger quelques mots, le petit gros s’éloigna, regardant les étalages. Le grand au teint blafard resta immobile pendant un moment, semblant être totalement absorbé dans ses pensées. Puis il se secoua et recommença à faire son petit marché.

Attendant qu’ils aient payé, elle descendit tranquillement de voiture et traversa la route. Elle se rapprocha de l’entrée du magasin miteux et fit mine d’y entrer, ils ouvraient la porte au même moment pour sortir. Elle fit semblant d’hésiter, ils se figèrent et s’écartèrent pour la laisser passer. De véritables gentlemen, songea-t-elle, amusée.

-Merci, leur glissa-t-elle en se faufilant dans le magasin.

Elle leur adressa un sourire charmeur, le grand maigre cligna des yeux, un peu ébloui. Elle le dépassa, sa main accrocha habilement un traceur GPS miniature à son sac à dos. Il ne remarqua rien.

Il faut que je fasse attention, je joue avec le feu dernièrement, pensa-t-elle. Elle se dirigea vers un étalage et fit semblant d’examiner de plus près un paquet de chips. Après une seconde de flottement, les deux jeunes hommes se reprirent. La porte se referma sur eux avec un petit bruit, ils étaient sortis.

Attendant quelques secondes, elle reposa le paquet de chips et sortit son smartphone de son sac à main. Elle le déverrouilla et consulta l’écran. Une carte du quartier s’y affichait, ainsi qu’un petit point rouge, qui se déplaçait vers le nord. Elle sortit de la boutique et vérifia que les deux compères allaient dans la même direction que le traceur.

Bien, songea-t-elle. Tout marche comme sur des roulettes.

Elle regagna sa voiture et attendit une dizaine de minutes avant de les suivre, mettant son moteur en marche.